L’importance des premiers stades en aquaculture pour la gestion du stress
Au sein de l’industrie de la pénéiculture, indépendamment de la région et du système de production, une règle univoque est reconnue : plus l’animal juvénile est robuste, meilleure sont les performances de production aux stades suivants.
Cette règle est confirmée à chaque étape de la production, c’est-à-dire qu’une bonne larve donne une bonne post-larve (( avec un bon taux de croissance et une bonne robustesse), une « bonne post-larve » donne un bon juvénile, un « bon juvénile » donne un « bon animal de grossissement » ; et la règle continue de s’appliquer jusqu’aux stocks de géniteurs et aux naupliis.
Des stades critiques pour le développement des crevettes
Les premiers stades sont considérés comme critiques pour le développement des animaux. Cela est dû aux changements biologiques et physiologiques qui se produisent à ces stades, tels que le développement des systèmes immunitaire, digestif et neuronal, qui affecteront la capacité de l’animal à répondre à tous les défis qui se présenteront au cours de son cycle de production.
La crevette en particulier, qui est un crustacé décapode, passe par plusieurs étapes de mue au cours desquelles elle est plus fragile en raison de l’énergie nécessaire au processus, du stress généré et de l’absence d’une carapace qui constitue normalement sa première barrière contre les agents pathogènes.
Une stratégie de reproduction qui accroît la mortalité
De plus, la crevette étant un animal avec une stratégie de reproduction « r », la reproduction de l’animal favorise un taux de fécondité très élevé, sans soins apportés à la descendance, chez lesquels un faible taux de survie est attendu, en raison de facteurs tels que les prédateurs, les maladies, les parasites…
A l’inverse, les espèces à la stratégie « K », (oiseaux ou mammifères), chez lesquels la fécondité est faible mais où les soins parentaux permettent aux jeunes d’augmenter leur capacité de survie.
En raison de la stratégie « r », le taux de mortalité des juvéniles dans la production aquacole est élevé et la productivité est également affectée par la variation génotypique qui se traduit par des différences de croissance, de taille, d’immunité, de comportement hiérarchique…. Par conséquent, les pertes économiques sont importantes pour tout producteur de larves.
Les avancées technologiques en écloserie et en nurserie

Après une évolution technologique sur plusieurs décennies, il existe aujourd’hui plusieurs stratégies pour la gestion des larves en écloserie et en nurserie:
- protocoles d’alimentation diversifiés (artémias, algues, micro-aliments extrudés)
- utilisation de probiotiques, biorémédiateurs, acides organiques ou phytobiotiques,
- optimisation de la gestion de production (transport, échantillonnage, organisation des salles).
Les larves étant très fragiles, une part importante de l’attention des laboratoires se porte sur l’immunité, la gestion des maladies et des agents pathogènes, et en matière d’alimentation, les avancées se concentrent sur la nutrition pour garantir la croissance de ces animaux.
Stress aquaculture : un facteur souvent sous-estimé
Malgré toutes les innovations liées à la nutrition et à la prévention des maladies, de nombreux laboratoires rencontrent encore des problèmes de croissance et de faible survie en fin de production, ce qui réduit la productivité et la rentabilité de leur système et les empêche d’atteindre le potentiel escompté.
Parmi les causes impliquées, un aspect sous-estimé de la gestion est la génération de stress. Le stress est la réponse d’un organisme à un stimulus externe imprévu, inconnu et incontrôlable. Pour cette réponse, l’organisme mobilise son métabolisme pour produire et utiliser de l’énergie. L’affectation de cette énergie à la réponse au stress laisse l’organisme dans l’incapacité de répondre à ses autres besoins : homéostasie, croissance, fonctionnement du système immunitaire…
Ainsi, les animaux, plus fragiles en raison du manque d’énergie, sont plus exposés aux maladies, à la fatigue et, par conséquent, à la mortalité. Encore plus si l’animal ne consomme pas suffisamment d’aliments pour disposer de l’énergie nécessaire pour faire face à cette situation.
Le lien entre stress et alimentation en écloserie
La gestion de la consommation d’aliments et du stress est donc une nécessité pour tout système de production qui souhaite atteindre des niveaux élevés de survie.
Ces paramètres, qui semblent au départ très différents, sont en fait gérés par la même voie.
En effet, le stress, en tant que message cérébral pour générer une réponse physiologique, possède la même voie de signalisation hormonale que l’appétit. Ainsi, au niveau du cerveau, ces deux messages ne peuvent pas être activés ou combinés en même temps ; c’est-à-dire qu’un animal en état de stress n’a pas de messages d’appétit ; et par ailleurs, un animal qui a de l’appétit au moment « x » n’est pas facilement stressé.
Ce lien existe chez l’animal comme chez l’homme, et malgré l’absence d’un système cérébral développé comme les animaux de rente, il s’applique aussi à la crevette.
Ainsi, il est essentiel de favoriser la consommation d’aliment des crevettes en écloserie et en nurserie, et d’utiliser des solutions pour limiter l’impact du stress pendant les opérations. Les larves et juvéniles s’alimentant bien et devenant robustes seront donc de qualité, ce qui facilitera le reste du cycle de production jusqu’à la récolte.
Conclusion : la maîtrise du stress, levier clé de performance en écloserie et nurserie
La réussite d’une écloserie ou d’une nurserie de crevettes repose sur un équilibre subtil entre nutrition, biosécurité et gestion du stress aquacole.
Au-delà des protocoles techniques et des innovations nutritionnelles, la réduction du stress en écloserie apparaît comme un levier déterminant pour renforcer la robustesse des larves et des juvéniles, optimiser la croissance et sécuriser les performances globales du cycle de production.
Investir dans une approche intégrée, combinant prévention du stress, stimulation de l’appétit et suivi rigoureux des conditions d’élevage, permet ainsi d’atteindre une meilleure survie, une rentabilité durable et une qualité constante des lots.
SOURCES:
•Aparicio-Simón, Benjamín, Piñón, Manuel, Racotta, Radu, & Racotta, Ilie S.. (2018). Neuroendocrine and metabolic responses of Pacific whiteleg shrimp Penaeus vannamei exposed to hypoxia stress. Latin american journal of aquatic research, 46(2), 364-376. Fingerman, M., Nagabhushanam, R., 1992. Control of the release of crustacean hormones by neuroregulators. Comp. Biochem. Physiol., C 102, 343–352.
•Kulczy•Lorenzon, S., Edomi, P., Giulianini, P.G., Mettulio, R., Ferrero, E.A., 2005. Role of biogenic amines and cHH in the crustacean hyperglycemic stress response. J. Exp. Biol. 208, 3341–3347
•Selye, H. (1956). The stress of life. McGraw-Hill.







